Quelle stratégie chinoise en Asie centrale?

Quelle stratégie chinoise en Asie centrale?

L'Asie centrale
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"En dépit de la fin de la guerre froide et de l'éclatement de l'URSS, l'Asie centrale constitue toujours un élément essentiel de la stratégie de sécurité de la République populaire de Chine". Valérie Niquet (in Perspectives chinoises juillet-août 2006)

" …Cette stratégie établit un continuum entre sécurité intérieure et sécurité extérieure et a connu un processus d'évolution depuis la mise en place d'une stratégie d'influence au lendemain de l'indépendance des nouvelles républiques jusqu'à l'adaptation pragmatique à l'évolution du contexte international après les attentats du 11 septembre. L'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) apparaît comme l'instrument de cette stratégie flexible d'adaptation dont la dimension économique et énergétique est aujourd'hui devenue essentielle". Valérie Niquet ( in Perspectives chinoises juillet-aôut 2006)

L’Asie centrale est composée des cinq ex-républiques soviétiques: Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Turkménistan. La Chine possède, en outre, 1700 kilomètres de frontières communes avec les républiques d'Asie Centrale et l'ouverture vers ces républiques se fait par la région du Xinjiang. " Avec l'effondrement de l'Union soviétique, la fracture artificielle entre les régions de l'extrême occident chinois et l'Asie centrale a pris fin" explique Thierry Kellner dans un article "La Chine et les républiques d’Asie centrale : de la défiance" in Cemoti, n° 22 - Arabes et Iraniens, paru au mois de mars 2005.

Une nouvelle donne qui ouvre de nouvelles perspectives, mais suscite également des inquiétudes de la part de Pékin. Selon Thierry Kellner, spécialiste des relations entre la Chine et l'Asie centrale, la politique de la République populaire de Chine a traversé deux phases successives. "La première a été essentiellement défensive et caractérisée par un sentiment de défiance à leur égard. Très vite, elle a cédé la place à la volonté de promouvoir la stabilité de l'extrême occident chinois et de l'Asie centrale. Le développement de liens politiques et économiques constitue le principal instrument de réalisation de cet objectif". En effet, la stabilité de la région autonome ouïgoure du Xinjiang, où les 8,5 millions d'Ouïgours turcophones sont sous haute surveillance, est l’un des premiers facteurs de détermination de la politique chinoise vis-à-vis de l’Asie centrale. "La stratégie économique de la Chine en direction de l’Asie centrale apparaît comme une prolongation de la stratégie de développement de l’Ouest chinois, avec un objectif de désenclavement du Xinjiang et de développement économique de la province afin d’apaiser les tensions. Mais Pékin applique la même analyse aux républiques d’Asie centrale dont le retard économique est dénoncé comme l’une des causes des tensions sociales et de la montée du terrorisme islamique explique Valérie Niquet dans Perspectives chinoises. Selon la Chine donc, la stabilité passe donc par la mise en place d’une zone de coprospérité. "Les pays voisins les ex-républiques soviétiques ont vu la Chine devenir en quelques années un partenaire incontournable" lit-on dans le Monde. Les échanges sont passés d'à peine 1 milliard de dollars au début des années 2000 à 13 milliards en 2006, selon les statistiques chinoises. "Pékin est le maître d'oeuvre d'infrastructures de transports et de télécommunications laissées quasiment en état depuis l'accession de ces Républiques à l'indépendance au début des années 1990, via des prêts consentis par ses organismes de crédit ou par les organisations internationales….

La stratégie énergétique chinoise en Asie centrale .
Les investissements chinois et les contrats dans le secteur énergétique se multiplient dans la région. Pékin a aussi réparé une partie du réseau des oléoducs hérités de la période soviétique et construit de nouveaux tronçons afin de pouvoir, à terme, acheminer vers la Chine du pétrole et du gaz de cette région-clé pour sa sécurité énergétique. Parmi les différents pays d’Asie centrale, c’est au Kazakhstan que la Chine investit le plus massivement. "La Chine contrôlerait aujourd'hui près du quart de la production kazakhe d'hydrocarbures, suite au rachat de PetroKazakhstan par la China National Petroleum Corporation (CNPC) en 2005". Pékin compte également sur le nouvel oléoduc inauguré en 2006 entre le centre du Kazakhstan et la Chine sera relié en 2009 à l'autre extrémité de ce pays, à Atyrau, sur la côte nord-ouest de la Caspienne.

Chine, Russie, et Etats-Unis : « le grand jeu »
"La politique chinoise à l’égard de l’Asie centrale possède une dimension plus globale, en relation avec le renforcement de la présence américaine dans la région" selon Valérie Niquet. En effet depuis les années 1990, la Chine s’est inquiétée des nouveaux liens tissés entre les nouvelles républiques d’Asie centrale et l’Otan. Pékin y voit alors " un risque d’extension de l’influence des Etats-Unis dans une logique de « containment » de la puissance chinoise". Ce sentiment de menace a été exacerbé par les attentats du 11 septembre qui ont entraîné un renforcement de la présence militaires des Etats-Unis avec notamment l’ouverture de plusieurs bases. Pour contrer l’influence américaine, Pékin compte également sur la Russie. Mais dans le même temps, pour Pékin, "le retour d’une Russie forte en Asie centrale n’est pas non plus considéré comme un point positif". Pékin s’inquiète de voir Moscou privilégier ses propres intérêts plutôt que ceux du " partenariat stratégi que russo-chinois".

L’Organisation de coopération de Shanghai : un contre-poids à l’expansion américaine?
Le Forum de Shanghai, créé en 1996 à l’initiative de la Russie et de la Chine, réunit autour d’elles le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan, et avait pour objectif de contribuer à la stabilisation de l’Asie centrale ex-soviétique, notamment dans les régions frontalières. En 2001, après l’adhésion de l’Ouzbékistan, il a changé de statut pour devenir l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). En 2004, la Mongolie en devient observateur, suivie en 2005, par l’Inde, l’Iran et le Pakistan. Selon la presse russe, l’OCS est une alternative à l’OTAN qui devrait permettre à Moscou et Pékin « d’agir contre l’influence des Etats-Unis. Pour la presse européenne, cette organisation qui a l’origine avait pour but de lutter contre le terrorisme, a finalement les pris les "allures d’organisation américaine". Une impression confirmée lors du dernier sommet de l’OCS à Bichkek, la capitale du Kirghizstan, en août dernier. Aux côtés des chefs d’état des six pays membres de cette organisation, les présidents iranien, afghan, turkmène et mongol ont assisté à ce sommet, en tant qu’observateurs ou invités. A Bichkek, les présidents russes et chinois ont assisté ensemble à la clôture des exercices militaires conjoints de la «Mission de Paix 2007» qui ont démarré le 9 août à Urumqi, le chef-lieu de la région autonome ouïgoure du Xinjiang, dans le nord-ouest chinois, et ont pris fin le 17 août à Cheliabinsk, dans l’Oural russe. Cette année, les quatre anciennes républiques soviétiques membres de l’OCS ont été invitées à fournir des troupes pour ces manœuvres conjointes survolées par 36 avions militaires. Au total, plus de 6500 militaires ont participé à ces manœuvres. Pour sa part, la Chine a déjà participé à 18 exercices militaires bilatéraux ou multilatéraux dans le cadre de l'OCS depuis 2002, avec en août 2005, la première «Mission pour la paix» sino-russe à Vladivostok, en Russie. Selon des sources militaires citées par le quotidien Kommersant, le scénario de ces exercices antiterroristes est en fait "basé" sur la répression sanglante du soulèvement antigouvernemental de mai 2005 à Andijan en Ouzbékistan. "L'envergure des exercices augmente et beaucoup d'experts doutent qu'ils soient limités aux activités antiterroristes et à la région d'Asie Centrale", a estimé Stephen Blank de l'US Army War College's Strategic Studies Institute sur Radio Free Europe cité par l’AFP. Selon ses détracteurs, l’OCS est un "club de dictateurs faisant peu de différence entre lutte contre le terrorisme et répression d'émeutes populaires". "C'est en grande partie une volonté de créer une alternative aux plans américains de domination", estime le professeur en sciences politiques Alexandre Kniazev cité par l’AFP. Mais selon le correspondant de RFI à Bichkek, Régis Genté, "il s'agit aussi pour certains d'inventer ensemble une manière de progresser hors de l’Occident. Considérer l'OCS uniquement comme une oragnisation anti-américaine, ou anti-Otan serait en ce sens réducteur".

A lire:
Valérie Niquet, « La Chine et l’Asie centrale », Perspectives chinoises, n°96, 2006

La Chine et les républiques d'Asie centrale : de la défiance au partenariat par Thierry Kellner

Ouverture du 7e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai

Manœuvres sino-russes en Asie centrale


En Asie centrale, les chinois tissent leur toile

Du Caucase à l’Asie centrale, « grand jeu » autour du pétrole et du gaz


Le Kremlin défie l’Amérique en Asie centrale

http://cemoti.revues.org/document144.html Thierry Kellner